La petite bille partie 6

Chapitre 6 : La petite bille

Madeleine est là, immobile, les yeux toujours fixés sur ses 2 mains.

Ericson, d’une voix calme mais directive, lui demande de cueillir ses 3 mots dans l’espace, de les prendre et de les assembler pour en faire une petite bille, une toute petite bille. Il attend d’elle qu’elle y mette toute son intentionnalité.

Chaque mot, à la manière d’une pièce de puzzle tridimensionnel, doit venir s’emboîter à la perfection dans les deux autres. Ils doivent former une sphère parfaite sans aspérités, une petite bille, une toute petite bille. Elle doit ensuite concentrer dans cette bille les sens profonds qu’elle accorde à chacun de ses mots.

Elle ferme les yeux et commence laborieusement le travail.

 

-> ‘Réalisation’, elle a toujours travaillé pour les autres, sans se poser de questions. De toute façon, de par son éducation très stricte, on lui a appris à ne pas s’en poser. Elle devait juste exécuter. Quelque part, c’était plus confortable et cela l’arrangeait très bien.

Puis, quand ce beau jeune homme est apparu dans sa vie à 19 ans, elle ne s’est pas non plus posée de questions. Elle qui se trouvait si moche avec sa petite taille avait son avenir assuré. Il présentait bien et il avait le don de charmer sa mère. Tout de suite après son diplôme de biologiste, ils se sont mariés.

Elle a ensuite suivi son mari dans son travail comme simple secrétaire et elle a tenu son ménage comme une parfaite épouse. Elle vivait uniquement pour son couple. Elle avait perdu de vue ses amies d’enfance et n’avait pas de loisir en dehors de sa famille. Son idéal de vie se résumait au personnage de Samantha dans le feuilleton : « Ma sorcière bien aimée ».

Elle aurait pourtant aimé aller plus loin dans la recherche moléculaire. Elle s’était spécialisée dans ce domaine durant ses études, elle avait les capacités et le diplôme. Elle avait d’ailleurs refusé une proposition d’un laboratoire à la fin de ses études pour aider son mari.

‘Réalisation’, oui c’est important, réaliser quelque chose et se réaliser soi-même. Elle l’avait fait avec sa fille, elle avait tellement désiré cet enfant et elle avait mis tout en œuvre pour que cela se réalise.

Avoir un nouvel objectif, reprendre des études et aller au bout d’un nouveau rêve serait la meilleure façon pour elle de se réaliser.

 

-> ‘Heureuse’, c’est quoi ‘heureuse’ ?

Elle a l’impression qu’elle doit redécouvrir ce que signifie ce mot, car jusqu’à présent, elle n’a fait que l’effleurer. C’est vrai, elle avait tout pour être ‘heureuse’ mais le fait de posséder ce ‘tout’ ne rend pas nécessairement ‘heureuse’. Elle se rend compte que le sens de ce mot est juste culturel ou éducationnel.

Etre ‘heureuse’ ça se vit de l’intérieur, c’est un état d’esprit qui fait se lever le matin et qui donne envie de manger la vie comme elle mangeait ses gaufres. Tout son corps aspire à être ‘heureuse’ et il est vraiment important que ce mot soit dans cette petite bille.

 

-> ‘Calme’, rien que d’évoquer le mot, l’effet se fait déjà sentir !

Sa vie, depuis la disparition soudaine de son père, avait été une suite ininterrompue de bouleversements, sans temps de pause ou de récupération. Elle aimerait juste s’asseoir et entendre le ‘calme’, vivre dans le ‘calme’.

A la maison, son mari, criait tout le temps, et leur fille semblait l’imiter. Au bureau, c’était toujours l’excitation pour satisfaire les clients ou trouver des solutions pour boucler le mois.

L’accompagnement de sa mère dans la maladie avait été une véritable course d’obstacle entre la maison, l’hôpital, la maison de repos, le linge à laver, les paperasses. Puis après le décès, elle a encore dû assumer seule l’organisation des funérailles, toutes ces démarches administratives, le notaire, la succession. Ensuite, il a encore fallu, vider la maison, la vendre, trier et jeter tous ces souvenirs qui ne lui appartenaient pas. Elle a l’impression d’avoir versé des seaux de larmes à chaque objet qu’elle sortait d’un tiroir.

Et puis, il y a eu aussi ces problèmes d’argent pour payer l’enterrement, la remise en état de l’appartement et tous les frais non remboursés par la mutuelle.

Sa vie, c’était courir, donner, trier, ranger, payer mais jamais s’asseoir et prendre le temps. ‘Calme’, c’est une image, celle d’un lac sans une vague, c’est une surface douce sans relief, c’est lisse. C’est aussi une chaleur enveloppante et une absence totale de bruit.

 

Elle a eu l’impression en bougeant les mots qu’ils étaient liés et que le fait de les mettre à la bonne place et à la bonne hauteur était primordial. A cet instant, et peut-être pour la première fois, elle se sent réellement maître de sa destinée, elle tourne les boutons de sa vie, elle ajuste les curseurs de son existence.

Et cette petite bille résume à elle seule toute la quintessence de ces trois mots, Alors, elle y met toute son énergie, tous ses espoirs. Elle serre, elle comprime entre ses mains, puis entre ses doigts, ces trois mots qui viennent du plus profond d’elle-même. Elle tient maintenant cette petite bille entre 3 doigts, elle est dense, elle est réelle.

Ericson a encouragé Madeleine durant tout ce travail et il l’invite maintenant à déposer cette petite bille au sommet du flacon bleu qu’il tient dans sa main. Elle l’enfonce vivement, elle appuie de toutes ses forces. La petite bille vient se mêler à l’odeur aimée qui est dans le flacon : et bientôt l’odeur forme avec, ‘réalisation’, ‘heureuse’ et ‘calme’ un tout inséparable. C’est le résultat d’un véritable travail d’alchimie interne.

L’écran hypnotique partie 5

Chapitre 5 : L’écran hypnotique

Le précieux flacon bleu trône fièrement sur le meuble à côté d’Ericson. Ce dernier demande alors à Madeleine de bien regarder les 10 mots sur le tableau. Elle doit en sélectionner trois, les trois qui sont les plus importants pour elle à ce moment.

Il relit lentement les mots :

  • Légère
  • Sagesse
  • Réalisation
  • Heureuse
  • Joie
  • Insouciance
  • Calme
  • Tendresse
  • Gaieté
  • Amour

Il lui demande de prendre son temps.

Les yeux de Madeleine sautent d’une ligne à l’autre, chaque mot « cache » une partie de son vécu et de ses aspirations. Chaque mot a une signification propre qu’elle seule peut comprendre. Elle veut absolument faire le bon choix. Tous sont si importants et elle ne veut pas se tromper. Elle prend son temps, elle compte sur ses doigts, elle hésite et enfin fini par dire : ‘heureuse’, ‘réalisation’, ‘calme’.

Ericson énumère à nouveau les 3 mots, il demande confirmation et répète lentement chaque mot. « Donc, si j’ai bien compris, c’est ‘heureuse’ (à chaque mot, ses mains font comme s’il prenait le mot sur le tableau pour le donner à Madeleine), ‘réalisation’ et ‘calme’ ». Son ton de voix est affirmatif, insistant toujours sur la première syllabe. Les mots commencent à résonner comme un refrain dans la tête de Madeleine.

Il revient s’asseoir, ses genoux touchent presque ceux de Madeleine. Il lui demande d’imaginer devant elle un écran. Tout en mimant, il lui montre comment prendre chaque mot et le disposer, où elle le souhaite, sur le tableau. Comme il y a 3 mots et qu’elle n’a que 2 mains, il propose d’utiliser une des siennes pour tenir le troisième mot. Elle se tourne légèrement vers lui et commence à placer le premier mot avec sa main droite. Elle place le mot ‘heureuse’ en bas à droite, puis avec sa main gauche, elle place ‘réalisation’ à gauche en bas également. Ericson, avec sa main droite, montre qu’il tient ‘réalisation’ libérant ainsi la main gauche de Madeleine qui place ‘calme’ au centre encore plus bas.

Ericson, revalide chaque mot et chaque position, son regard est fixé sur les yeux de Madeleine, sa voix est douce mais légèrement directive. Il place sa main gauche au niveau de ‘heureuse’ et ensuite il bouge ‘réalisation’ légèrement vers le haut en demandant si cela change quelque chose dans la position des 2 autres mots. L’action de monter ‘réalisation’, fait monter quasi-automatiquement la main droite de Madeleine avec ‘heureuse’, et ‘calme’ suit légèrement vers le haut. Il continue à monter ‘réalisation’, ‘heureuse’ est maintenant presque tout en haut à droite et ‘calme’ continue à monter.

 

Madeleine voit ses mains bouger toutes seules, elle ne contrôle pas. Ericson a gardé sa main gauche au niveau de départ, elle peut apprécier le chemin parcouru par ‘heureuse’ en bougeant seulement ‘réalisation’. Il lui demande encore si en mettant réalisation plus à droite, cela modifierait encore quelque chose. Ericson déplace alors sa main droite qui tient ‘réalisation’

On a donc, maintenant en observant de droite à gauche pour Madeleine : ‘réalisation’, ‘heureuse’ en haut et ‘calme’ un peu plus bas. En faisant ce dernier déplacement, la main de Madeleine qui tient ‘calme’ se met à monter brusquement et vient se placer plus haut que ‘heureuse’.

Pour un observateur extérieur, le tableau est quelque peu surréaliste. Ericson a la main gauche en bas à droite et la main droite en haut à gauche. Face à lui, madeleine a les 2 mains en haut en totale catalepsie.

Ericson s’assure que les positions actuelles des 3 mots lui conviennent totalement ou si elle veut encore déplacer un mot. Encore une fois, il répète les mots en insistant avec ses mains et en les suivant du regard.

Elle revalide et alors seulement il décroise les bras. De son côté, elle reste comme figée, les bras en l’air, se demandant ce qui est en train de se produire.

Elle visualise effectivement les trois mots devant elle. Elle ne peut que constater les déplacements spontanés de ses mains qui maintenant ne bougent plus. Le temps est à nouveau suspendu.

Elle s’interroge sur cette force irrésistible qui a véritablement fait monter ses mains sans que Ericson ne la touche : serait-ce de la magie ?

Elle se demande si elle doit comprendre qu’en augmentant ‘réalisation’ dans sa vie de tous les jours, elle augmentera ‘heureuse’ et ‘calme’ également. Cela n’a pas vraiment de sens mais c’est pourtant ce que son corps a montré.

Pendant qu’un flux d’interrogations circule dans sa tête, ses deux bras sont toujours figés dans la même position comme les aiguilles d’une horloge arrêtée.

 

La madeleine de Proust partie 4

Chapitre 4 : La madeleine de Proust

Ericson a saisi la limite de sa requête. Il sait qu’il sera difficile d’aller plus loin dans sa démarche. Cela prendrait trop de temps, trop d’énergie au dépend de la qualité du travail. Il quitte un instant le regard de Madeleine, se retourne et prend un coffret en bois posé sur un petit meuble à côté de lui.

La boîte, de petite dimension est surmontée d’une étiquette illustrant une ancre dans un cercle. Les lettres HOT sont inscrites au milieu en rouge. Dans le bas de l’ancre figurent également en rouge le nombre 15 suivi du mot système accompagné du logo de marque protégée. Un clapet doré maintient la boîte fermée.

Il dépose le précieux trésor sur le meuble et il l’ouvre avec précaution. Il dévoile ainsi un patchwork de couleurs : rouge, vert, bleu, jaune, orange, indigo et violet. Des capuchons blancs et noirs ornés de pastilles colorées chapeautent une quinzaine d’étranges petits flacons soigneusement rangés. Ces pastilles comportent toutes une numérotation différente composée d’une lettre et d’un chiffre. Une étiquette illustrant les mêmes pastilles colorées orne le fonds du couvercle avec en plus différentes appellations.

D2 : chakra IV : vert

Non, elle n’aime pas du tout cette odeur. D’un geste vif, elle écarte vivement le flacon. Le visage de Madeleine se durcit, son corps se raidit. Elle lui inspire de la peur, de la colère et du dégoût.

Elle lui évoque la citronnelle, les moustiques et les dernières vacances en Camargue avec son mari : ils avaient passé une semaine horrible à s’enduire de lotions pour éviter les piqûres. Leur fille semblait être la proie favorite des insectes, elle était couverte de boutons et elle pleurait tout le temps. Elle avait beau la couvrir avec des crèmes et des répulsifs, rien ne semblait réussir à éloigner ces horribles bestioles.

C’était leur première expérience en camping et manifestement leur matériel était insuffisant et inadapté pour 2 adultes avec un enfant en bas âge. Le camping était bruyant, mal situé et assez mal équipé au niveau sanitaire.

Son mari, entre deux apéros et un barbecue passait son temps au téléphone ou râlait de ne pas savoir dormir à cause des pleurs de la petite. Elle a alors découvert un homme qu’elle ne connaissait pas. Lui d’habitude si sportif, ici, il buvait et se vautrait dans son transat durant toute la journée. Il semblait se foutre de tout et la traitait comme une moins que rien devant les autres campeurs.

Ils se sont beaucoup disputés, les reproches ont fusés.

Il lui reprochait d’être à la fois une mauvaise mère et une mauvaise épouse. Après une soirée trop arrosée, il l’avait injuriée et giflée violemment. Elle s’était réfugiée pour la nuit avec sa fille dans la caravane d’un autre couple. Elle avait trop peur qu’il ne s’en prenne aussi à elle.

Le lendemain, ils ont laissé la tente et le matériel au camping. Ils sont repartis comme des voleurs. La petite était toute boursouflée par les piqûres, elle était fiévreuse et n’avait plus la force de pleurer. Le visage de Madeleine gardait les traces de quelques gifles trop appuyées. Elle ne lui pardonnerait jamais.

Dès leur retour, tout s’est précipité, l’entreprise a fait rapidement faillite et il est parti sans un mot d’explication, la laissant seule, sans ressources avec la petite à élever. La maison a été vendue par la banque et elle est allée vivre avec sa fille quelques temps chez sa maman. Elle bénéficiait d’un chômage ridicule, il ne versait pas de pension et les huissiers continuaient à la harceler pour les dettes de son ex-mari. Ericson rebouche le flacon et le replace dans la boîte.

Orientation résultat partie 3

Chapitre 3 : L’orientation résultat

Madeleine aimerait avoir le temps de se ressaisir et de revenir à la réalité mais Ericson enchaine directement.

Il accroche une fois de plus fermement son regard et tend à nouveau ses mains ouvertes vers elle, un peu comme un mendiant. Il lui demande si elle est d’accord de continuer. Ces gestes, ces yeux, ce regard… Madeleine à chaque fois est envahie, submergée par l’intentionnalité pénétrante de ce Monsieur.

Elle est totalement déstabilisée et très perturbée. Elle a le sentiment d’un grand trou, il lui manque quelque chose d’indéfinissable. Elle sait que ce quelque chose a existé mais elle est incapable de s’en souvenir.

Elle entend à peine la question « Etes-vous prête à continuer ? » et elle répond machinalement « Oui, d’accord, je vais bien maintenant, on peut continuer ». Ericson saisit l’opportunité offerte et renchérit immédiatement : « Bien, c’est comment pour vous ? ».

Cette question bouscule encore un peu plus Madeleine. Devant elle, il y a juste un grand vide, un blanc absolu, elle n’a plus d’idées, les mots ne viennent pas. Habituellement des milliers d’idées se bousculent dans sa tête, c’est toujours une véritable cacophonie. Avant, elle aurait eu une histoire à offrir, elle aurait brodé, elle aurait expliqué que c’était l’inverse de ‘mal’ et que ‘mal’ c’était comme sa vie avec tous ses problèmes, elle aurait donné à qui voulait l’entendre de multiples détails à faire pleurer les cœurs les plus durs. Mais là, en ce moment, il n’y a plus rien, c’est le néant.

‘Bien’, lui est venu comme ça, sans réfléchir. ‘Bien’, cela n’avait pas vraiment de sens, c’était juste pour dire quelque chose pour répondre à sa question. Elle se demande pourquoi il insiste sur un mot si anodin.

Elle est assise sur cette chaise, devant ce Monsieur qui la scrute du regard avec ses deux mains implorantes et elle ne sait plus quoi répondre. Le temps est suspendu, un vague sentiment de vertige commence à l’envahir, accentué par le fait que ses pieds touchent à peine le sol.

Ericson insiste encore avec ses yeux et ses mains, il réaffirme que ‘déchirure’ est parti en faisant toujours le même geste d’éloignement et ensuite il revient avec ses deux mains tendues, paumes ouvertes vers le haut, toujours comme un mendiant.

Elle sait qu’elle doit répondre quelque chose pour enfin se débarrasser de cette question à la fois stupide et embarrassante. Madeleine, confuse, rétorque sans réfléchir sur un ton un peu cassant : « Bien, c’est bien ! ». Oui, voilà, avec cette réponse, elle espère qu’il va enfin la laisser tranquille et qu’elle va pouvoir essayer de se remémorer ce qu’elle cherche.

Ericson têtu, ne désespère pas et il continue son interrogatoire insensé : « Et quand vous êtes bien, c’est comment pour vous ?».

Cette fois Madeleine excédée réagit instantanément et elle se surprend à dire : « Légère !». Et en même temps qu’elle prononce ce mot, elle visualise un nuage ; elle EST un nuage !

Elle voit Ericson esquisser un sourire et changer de position comme s’il avait enfin obtenu ce qu’il cherchait. Elle a le sentiment qu’elle a bien répondu et qu’elle va enfin pouvoir souffler un peu.

Mais non, toujours en accompagnant son discours par des gestes et en accrochant le regard, Ericson revient à la charge : « ‘Bien’, ‘légère’, c’est important pour vous ? ».

Il prononce ces mots avec conviction comme s’il vivait la même chose que Madeleine, comme s’il comprenait toute la portée de ces deux petits mots, toute leur profondeur, toute leur valeur. Ces deux simples petits mots remplacent la totalité de ses ‘maux’.

Ces mots, ‘bien, légère’ reviennent aux oreilles de Madeleine comme un écho et il se produit quelque chose d’étrange. Elle n’a jamais connu cette sensation, elle flotte comme un nuage, elle est légère, libre. Elle aimerait qu’on la laisse tranquille. Quelque chose qu’elle ne peut pas identifier est parti. Ce quelque chose qui auparavant occupait la totalité de ses pensées, de ses actions, de ses croyances et qui justifiait son existence, ce ‘quelque chose’ a totalement disparu.

Par contre, dans les mains d’Ericson, elle perçoit distinctement ‘bien et légère’ ; ce sont ses mots à elle, ils sont réels et derrière ces mots, elle sait qu’elle découvrira encore autre chose. Cet autre chose est encore indéfinissable, elle le devine mais c’est à peine perceptible pour le moment.

De nouvelles sensations montent lentement en elle mais il est encore trop tôt pour les exprimer. Peu à peu, elle visualise des lettres de toutes les formes, de toutes les couleurs. Elles s’assemblent doucement pour former de nouveaux mots. Elles n’arrivent pas encore à les lire, elle est trop impatiente, elle va trop vite.

Elle voit sans voir, elle entend sans entendre, elle a à peine conscience de son corps, seules les odeurs particulières de la pièce la maintiennent encore présente.

 

La boulette de papier partie 2

Chapitre 2 : La boulette de papier

Ericson est toujours assis à droite de Madeleine, il s’est encore rapproché, ses genoux ne sont plus qu’à quelques centimètres d’elle, sans pourtant la toucher.

Il poursuit son travail avec une seconde demande à nouveau très surprenante ; il lui propose de représenter ce mot ‘déchirure’ avec ses deux mains dans l’espace. Elle ne comprend pas tout de suite, elle ne saisit pas très bien comment on peut représenter un mot dans l’espace. Elle n’est pas là pour jouer ou pour exécuter une pantomime.

Ericson insiste et toujours avec des gestes, désigne l’espace libre devant elle. Madeleine est complètement déstabilisée mais elle s’exécute à contre cœur. Elle fait le premier geste qui lui passe par la tête : elle met ses deux mains serrées devant sa poitrine et elle les ouvre brusquement en les écartant vers l’extérieur. Ses deux bras sont tendus sur les côtés à hauteur des épaules, les mains sont ouvertes et les doigts écartés.

A sa grande surprise, Ericson reproduit son geste de façon grossière et demande des détails sur ce dernier.

Elle, elle est restée là, comme ça, comme figée. Oui, elle ne s’est pas rendu compte mais pour elle, c’est le geste qui résume le mieux’ déchirure’. C’est son corps qui l’a exprimé tout naturellement.

Ericson reproduit à nouveau le mouvement en miroir en validant le mot ‘déchirure’. Et comme il souhaite des précisions sur le début du mouvement, elle l’exécute une seconde fois, plus lentement, avec encore plus de détermination. Elle semble ouvrir avec ses mains sa poitrine et l’écarteler complètement. Ericson reproduit encore ses gestes à l’identique et demande sa confirmation. Le regard d’Ericson est toujours sincère, accroché au regard de Madeleine, il saisit le moindre rictus, le moindre mouvement des yeux. L’entièreté de son attention est fixée sur ce visage qui commence à changer de couleur, de texture. Tout le corps de Madeleine s’est exprimé à travers ce mouvement et Ericson en a compris toute l’importance. Il a devant lui une femme complètement déchirée en deux, écartelée.

Ensuite, posément, il suggère à Madeleine de ramener ce mouvement très ample à « une toute petite boulette de papier » en y mettant toute son intentionnalité, toute son énergie. Il insiste encore : « une toute petite boulette de papier ».

Il lui explique ce qu’il attend d’elle. Elle doit aller chercher partout dans l’espace, autour d’elle, sur elle, dans son corps toutes les dimensions de ‘déchirure’, toutes les ramifications, tous les morceaux, toutes les racines, toutes les petites particules.

Madeleine qui est restée dans la même position, les bras ouverts, hésite un instant. Elle s’inquiète, elle a l’impression que ‘déchirure’ est partout en elle et autour d’elle.

Ericson reformule en insistant sur les mots, en parlant calmement, en montrant avec ses mains, en lui suggérant de fermer les yeux.

Madeleine se prend au jeu maintenant, sans se poser de questions. Elle a compris ce qu’il attend d’elle. Elle est certaine que tout cela a un sens même si pour un esprit analytique cela peut sembler totalement dénué de fondement.

Elle commence à percevoir, à visualiser toute ses ‘déchirures’ en elle et dans l’espace qui l’entoure. Alors, lentement, une à une, elle va les retrouver, les débusquer, les décoller, les collecter, les cueillir puis, toujours très absorbée, elle les relie. Elle rassemble tous les morceaux en veillant bien à n’en omettre aucun.

Madeleine s’applique, ses mouvements ressemblent à ceux d’une danseuse de ballet moderne tant elle y met de l’intention. Le mime Marceau n’aurait pas fait mieux. Elle est en permanence soutenue par une voix douce et bienveillante qui lui dit qu’elle fait du bon travail.

Peu à peu, tous ces morceaux épars de ‘déchirure’ se collent ensemble, s’assemblent, s’agglutinent pour former une boule. Madeleine continue son travail, toujours avec les encouragements du praticien. Elle presse, appuie sur cette boule pour maintenant la réduire en une boulette.

Enfin, fatiguée mais satisfaite, elle s’assure de n’avoir rien oublié et dans un dernier effort, elle comprime de toutes ses forces cette boulette pour en faire ‘une toute petite boulette de papier’. Elle se sent épuisée mais complètement soulagée, elle est très fière de ce qu’elle vient d’accomplir.

Pendant tout le temps qu’a duré ce travail, il a continué à l’encourager avec cette voix un peu particulière, à la fois pressante mais toujours chaude et rassurante.

Durant quelques instants, sans rien dire, il laisse Madeleine avec les yeux fermé et ‘la toute petite boulette de papier’ entre ses doigts crispés.

Ensuite, il lui demande d’ouvrir les yeux. Il tend sa main gauche ouverte, paume vers le haut, à Madeleine et l’encourage à déposer la boulette dans le creux de celle-ci. Il insiste pour qu’elle enfonce bien la boulette dans sa paume.

Madeleine s’exécute immédiatement, elle s’applique et elle pousse la boulette de toutes ses forces, elle frappe avec son poing. Ericson lui demande enfin de refermer ses doigts par-dessus cette boulette de papier. Sans hésitation et avec détermination, Madeleine ferme la main pour que cette boulette ne puisse jamais s’échapper ; elle broie carrément les doigts d’Ericson qui continue à l’encourager.

Ericson écarte doucement le bras pour éloigner sa main fermée. Madeleine a les yeux rivés sur cette main qui est maintenant à quelques 30 centimètres de son corps. Il insiste sur le fait que ‘la toute petite boulette de papier’ appelée ‘déchirure’ est bien dans cette main fermée qui s’éloigne doucement.

Madeleine ne quitte pas la main du regard, elle commence à percevoir une résistance, comme des fils qui tirent dans le haut de sa poitrine. Ces fils invisibles sortent de sa poitrine et sont directement reliés au contenu de cette main fermée.

Elle sent que quelque chose est en train de la quitter et cela devient douloureux. Ericson remarque sa difficulté et rapproche légèrement la main vers elle en demandant si c’est plus confortable. Il recommence ensuite à écarter sa main, en fixant le visage de Madeleine et en s’inquiétant de son ressenti physique.

Madeleine traverse réellement une épreuve inattendue, elle vit intérieurement cette ‘déchirure’ qui s’arrache à elle. Chaque fois qu’il éloigne un peu cette main, elle ressent cette traction dans le creux de sa poitrine et quand il la rapproche la douleur s’estompe. Elle a l’impression qu’il étire un élastique.

Elle est face à un choix maintenant : abandonner cette ‘déchirure’ ou continuer à vivre avec elle, malgré tout. Elle va devoir prendre une décision. Certes se serait plus confortable de ne rien changer et de continuer à vivre comme ça mais elle est venue pour changer, transformer sa vie, reprendre un nouveau départ.

Lui, calmement, posément, il continue à écarter et à rapprocher doucement la main en l’interrogeant sur ses sensations. Enfin, devant son dilemme, il lui propose d’éloigner carrément la main, de couper l’élastique et de mettre cette ‘déchirure’ loin d’elle, dans une poubelle.

Il interprète le léger mouvement de tête de Madeleine comme étant une approbation. Il écarte vivement la main, se lève et va déposer ‘déchirure’ dans une poubelle hors de la vue de Madeleine. Un bruit de clapet vient confirmer que la boulette de papier se trouve désormais dans la poubelle.

Il revient s’asseoir et en profite pour encore se rapprocher légèrement de Madeleine. Il est maintenant à environ 60 cm, presque dans sa bulle de confort. Elle ne se rend même pas compte de cette proximité.

Madeleine n’a pas quitté Ericson du regard, elle a réellement entendu cette boulette de papier comme si une boule de pétanque avait atterri au fond de la poubelle.

Elle se sent vidée de l’intérieur, elle vient de se séparer d’une partie d’elle-même. Tous ses malheurs, toutes ses souffrances se retrouvent maintenant dans une poubelle sous la forme ‘d’une toute petite boulette de papier’. Imaginer vivre un seul instant sans toute cette ‘déchirure’, elle ne l’aurait jamais cru possible, cela faisait tellement partie d’elle-même, de son histoire ! C’était comme son deuxième cœur, sa raison d’exister, son identité. Paradoxalement, elle lui permettait de se lever le matin et d’affronter la journée. Elle était à la fois sa plus grande force et sa plus grande faiblesse.

Elle réalise que depuis le départ de son mari et tous les évènements qui ont suivis, elle avait consacré toute son énergie à ’déchirure’, que jamais rien d’autre n’avait occupé ses pensées. ‘Déchirure’, avait été sa seule raison de se battre, d’exister, de survivre.  Elle prend la pleine mesure de cette lutte insensée et du temps consacré à ce combat perdu d’avance. Et pourtant, elle reste encore partagée sur le fait d’avoir pris la bonne décision.

Elle est à la fois dans le doute et soulagée. Elle se sent complètement vidée émotionnellement.

L’interview, partie 1

Nous reprenons ici les 12 étapes du HOT système®qui sont résumées dans le HOT roman, une courte histoire qui raconte une séance avec Madeleine.Nous avons illustré chaque partie avec des extraits de conférence et d’ateliers. Les personnages sont floutés par respect de l’individu, on y perd malheureusement les expressions faciales. Ces vidéos sont faites sans trucage ou mise en scène, ce sont de véritables séances de travail. Un livre complet sur la méthode est à la relecture et sera, nous l’espérons, bientôt publié.

Chapitre 1 : Interview

Ericson invite Madeleine à entrer dans un bureau assez vaste décoré sommairement. Une table en bois massive avec un ordinateur et de nombreux monticules de papiers et de livres occupe un coin de la pièce à proximité d’une large fenêtre. De nombreux diplômes brunis ornent les murs peints dans une couleur assez terne. Une odeur indéfinissable parfume l’atmosphère. Ce n’est pas désagréable mais un peu inattendu.

Et puis, là, au centre de l’espace, deux chaises identiques sont disposées à angle droit, distantes de plus ou moins un mètre. Ericson propose à Madeleine de s’installer. Celle-ci, après hésitation, s’assied sur la chaise la plus proche. De son côté, il attend qu’elle soit assise pour l’inviter à prendre place sur l’autre chaise en prétextant qu’elle sera plus confortable. Elle obtempère, un peu surprise, elle reprend son sac et change de place.

La chaise est un peu haute, et les pieds de Madeleine, qui mesure 1,63 m, touchent à peine le sol. Ericson s’assied sur l’autre chaise en la rapprochant un peu et demande ce qu’il peut faire pour l’aider. Il accompagne sa demande d’une gestuelle ouverte, les deux mains paumes vers le haut, tendues vers Madeleine.

Elle va enfin pouvoir raconter tout ce qui lui arrive, sa séparation brusque avec son mari qui était aussi son employeur, sa perte d’emploi avec ce chômage ridicule car elle était seulement déclarée à mi-temps alors qu’elle travaillait 6 jours complets par semaine sans compter le nettoyage des bureaux le soir, et la difficulté d’élever seule sa fille, le départ brusque de celle-ci à l’étranger, le décès de sa mère après un cancer invasif et puis enfin son combat à elle contre cette maladie, cette malédiction familiale. Les idées se bousculent à un tel rythme dans sa tête qu’elle ne sait même plus pourquoi elle est là… et les mots ne sortent pas.

Elle prend une profonde inspiration, pose ses deux mains à plat sur ses genoux et commence à se raconter : ses douleurs dans le dos, ses insomnies, sa toux à répétition, ses migraines et ses kilos en trop, … Elle balbutie, mélange les mots, inverse les phrases, confond les dates. Elle se rend compte qu’elle n’arrivera pas à tout raconter en une seule séance. Elle sent ce flot de mots monter au fond de sa gorge et devant son impossibilité à l’exprimer complètement elle se met à pleurer à chaudes larmes. Elle se ressaisit, Ericson lui tend une boîte de mouchoir en papier, elle en prend un et frotte doucement ses yeux.

Elle s’excuse de son émotivité et elle reprend la narration interrompue de son histoire. Les mots vont à nouveau pouvoir sortir de sa bouche dans un ordre plus compréhensible. Cette fois-ci elle décide de commencer par la fin de son histoire, elle évoque sa dernière épreuve avec le cancer et les incertitudes de la dernière biopsie. Elle va donner des détails quand Ericson l’interrompt doucement d’un geste. Il dit comprendre la problématique et demande à Madeleine s’il y a un avant et un après.

Madeleine est interloquée, elle tente de reprendre le fil de son histoire comme si elle n’avait pas entendu ou compris la demande. Elle parle des médecins qui hésitent par rapport à l’évolution de son cancer et que cette incertitude la détruit plus que sa maladie.

A nouveau, Ericson l’interrompt en faisant un geste étrange d’écartement avec ses mains. Il confirme avoir entendu la plainte de Madeleine et lui demande de résumer tout ce qu’elle ressent en un mot, un seul mot. Il précise que ce mot doit contenir tout ce vécu, toute cette douleur, toutes ses difficultés.

Il passe alors lentement une main devant son visage et l’invite à fermer les yeux afin de laisser surgir le mot qui résume toute cette problématique.

Elle ne comprend pas, elle est là pour se raconter, pour que quelqu’un l’écoute, elle a besoin d’être entendue, de donner des détails. Pour elle, un dictionnaire de mots ne suffirait pas et il lui demande un seul mot. Tous ses malheurs qui s’accumulent dans sa vie, son histoire, elle veut que l’autre écoute, que l’autre la comprenne et l’aide à s’en sortir. Il faut rompre ce maléfice qui la poursuit depuis tant d’années. C’est pour ça qu’elle est venue voir ce Monsieur. Elle ouvre les yeux et fixe attentivement Ericson pour bien lui faire comprendre sa désapprobation.

Ericson ne se laisse pas décontenancer et patiemment, en insistant du regard, il répète sa demande et l’encourage à nouveau à trouver le mot qui contient à lui seul la totalité de son histoire. Il demande de ramener à un seul mot la totalité d’une vie composée principalement de tant de malheurs et de souffrances.

Les idées se bousculent dans la tête de Madeleine. Elle est partagée entre l’incongruité de la demande et son désir de quand-même avancer. Son amie l’avait prévenue de l’originalité de la méthode et du praticien.

Elle referme les yeux, elle se calme, elle se concentre et examine mentalement la requête du praticien. Elle commence à revivre son parcours durant toutes ces années un peu comme si elle voyait défiler sa vie derrière ses paupières.

Puis, à un moment, à sa plus grande surprise, elle s’entend crier :
« déchirure !».

Oui, c’est ‘déchirure’ qui résume le mieux sa vie : ‘déchirure’ avec son mari, son travail, sa mère, sa fille et enfin avec cette partie d’elle-même que les médecins ont enlevé, arraché.

Oui, c’est le mot ‘déchirure’, elle le crie au plus profond d’elle-même et elle le confie enfin à haute voix, en ouvrant les yeux, et en regardant intensément ce Monsieur qu’elle connaît à peine. Elle s’étonne elle-même de la façon dont ce mot a surgi soudainement, spontanément.

Elle aimerait reprendre son récit, donner plus de détails, mais à chaque fois c’est le mot ‘déchirure’ qui vient s’imposer à son esprit et qui la coupe dans son élan narratif.

Ericson, tout en faisant à nouveau ce geste des deux mains vers le côté, reprend le mot ‘déchirure’ en insistant sur la première syllabe. Il répète à nouveau : « ‘déchirure’, si je comprends bien c’est ce mot ‘déchirure’ qui résume votre problématique ?».

Son regard est sincère, sa tête est légèrement penchée vers la gauche, il s’est encore un peu rapproché. Une fois de plus, il demande à nouveau à Madeleine de reconfirmer le mot ‘déchirure’ et répète posément la même gestuelle d’éloignement en prononçant ce mot.

Les yeux de Madeleine sont rivés sur ce visage, elle ne sait plus que penser ; elle regarde ces mains qui par leurs mouvements semblent mettre de côté la somme de toutes ses souffrances accumulées. C’est trop simple, trop facile. Un sentiment de frustration est en train de remonter mais ce regard, ces gestes confirment pourtant qu’elle a été entendue par son interlocuteur.

En lui donnant ce mot ‘déchirure’, elle lui a confié le titre du livre de sa vie. Il le tient entre ses mains comme quelque chose d’infiniment fragile et précieux.

Et pourtant, elle a vite compris que ce livre, il ne l’ouvrira pas, qu’il ne le lira jamais. ‘Déchirure’ sera simplement rangé parmi d’autres ouvrages dans une bibliothèque et deviendra à jamais anonyme.

Sa vie serait donc juste une vie parmi d’autres vies. Madeleine se sent complètement partagée entre frustration et soulagement.

 

Conférence olfactive

Donner une conférence est un exercice un peu périlleux avec le HOT système®. Ces conférences se terminent généralement par une démo en « live ». On ne sait jamais qui va être le « cobaye » et le but n’est pas de faire de l’exhibition ou de la thérapie de groupe mais de faire connaître une technique.

Au delà de l’exercice, il y a le plaisir de partager avec le public et d’interagir avec lui. Pour cela, l’odorat est un outil génial. Tout le monde aime tester son odorat et se reconnecter à des souvenirs (Madeleine de Proust). Mes conférences sont donc appelées « olfactives ».

Elles sont également interactives. Quoi de plus lassant que de se cacher derrière son lutrin et de débiter comme une machine un texte pré-écrit. Non, pour moi un public doit vivre avec son conférencier, surtout avec un sujet aussi hypnotique.

Cette fin d’année 2017 va être riche justement en conférences et en partages. Notre prochain rendez-vous, le 29 septembre est à Arlon, il sera suivi d’une conférence dans le cadre du salon Planète ZEN au château d’Hélécine puis de 2 conférences dans le sud de la France (NICE), puis Namur, Bruxelles, etc…

Au plaisir de vous y retrouver nombreux pour découvrir le HOT système®