watzlawick

Mon coeur n’a fait qu’un bond à la lecture de cet article dans La Libre ce matin. Durant 1 an,
j’ai lu tous les ouvrages de cet auteur et il fut à l’origine du développement de ma technique du HOT système.

Je passe donc du discours politique au discours philosophique. L’article est long et rien ne vous empêche de ne pas le lire jusqu’au bout.

Je retiens donc ici la vision du changement de paradigme et à la phrase suivante tirée du texte  : « Plutôt que de lutter contre l’exclusion ou la délinquance,
nous pourrions réfléchir à la relation que notre société entretient avec les personnes en difficulté. » Je ne pourrais pas mieux dire et c’est en soi ce qui est à l’origine
de mon engagement et les exemples cités ci-dessous sont facilement transposables à nos problèmes d’EHS. Bonne lecture.

Pourquoi il faut relire Watzlawick

article paru dans La libre Belgique le 16 aout 2019

« Cette semaine, Ilios Kotsou , docteur en psychologie et auteur, nous invite à relire les œuvres de Paul Watzlawick, psychologue, psychothérapeute, psychanalyste jungien et grand spécialiste de la communication.

Dans un monde globalisé, Watzlawick nous invite a reconnaître notre interdépendance : nous partageons la même maison, le même vaisseau, et il apparaît comme une évidence que cette merveilleuse maison est fragile et menacée à bien des égards. Nous avons donc plus que jamais besoin d’une pensée systémique et relationnelle. Imaginons que nous vivions dans un chalet et qu’arrive un hiver extrêmement rude. Pour résoudre le problème, nous augmentons le chauffage. Il continue pourtant à faire froid. Suivant le conseil d’un expert, il est décidé de chauffer encore et plus… Mais ce système de chauffage produit de la fumée : on songe à créer des ouvertures dans la maison pour la faire respirer, ce qui diminue la température et nous chauffons davantage…

Quand le bois viendra à manquer, que proposera notre expert ? Utiliser le bois dont est fait le chalet pour se chauffer ? Que quelqu’un avance l’idée qu’une autre solution serait possible (isoler la maison, changer de système de chauffage ou même changer de maison !), et cette personne serait considérée comme naïve ou négative, refusant de collaborer à ce qui est alors vu comme la seule solution.

Cette manière de réagir face à un problème au risque de l’aggraver considérablement, que Paul Watzlawick appelle « toujours plus de la même chose », est au cœur de son travail, lui qui est l’une des figures de proue du courant de pensée de « l’École de Palo Alto ». Il nous arrive à toutes et tous, nous dit-il, d’être confrontés à une difficulté, et dans la plupart des cas, nous arrivons à la résoudre. Cependant, dans certains cas, notre solution ne fonctionne pas et pourtant, nous persistons encore et encore dans la même direction. Notre comportement entretient alors la difficulté. C’est le sens de son autre formule, « le problème c’est la solution », que toutes les personnes qui ont un jour été confrontées à des problèmes de sommeil connaissent bien : se forcer à essayer de dormir devient in fine la cause de l’insomnie.

Au lieu de changer le système qui dysfonctionne (que Watzlawick appelle un changement de type 2), nous tentons désespérément de changer tout en restant dans le même paradigme. Comme si nous voulions arriver plus vite à destination en voiture et que nous appuyions sur la pédale (changement 1) sans pour autant changer de vitesse (changement 2), au risque de surchauffer le moteur…

Attention aux terribles simplifications

Ces exemples peuvent sembler simplistes et pourtant, pensons aux tragiques tueries de masse qui viennent encore de se passer aux États-Unis cet été. Certaines voix s’élèvent pour envisager un changement du système : en rendant l’accès aux armes servant à ces tueries plus ardu, par exemple. Mais quelle idée farfelue, s’exclament le président Trump et les défenseurs du second amendement ! Ce qu’il faut, selon eux, c’est davantage d’armes : armer les enseignants et pourquoi pas, étape suivante, armer les élèves. Et la question de la réponse à donner se pose aussi face aux attaques terroristes, à la protection de notre environnement…

Watzlawick nous met en garde contre les terribles simplifications qui sous-entendent des raisonnements a priori logiques, mais qui mènent à des situations catastrophiques. Tout imprégnés de la pensée triomphante du dualisme cartésien, nous réifions le monde. Nous considérons notre environnement comme étant composé de « choses ». Choses que nous possédons et que nous avons le droit d’utiliser, de gérer. Le monde vivant, changeant et complexe dont nous faisons partie est alors réduit à une dimension matérielle et statique. Nous oublions que nous faisons partie d’un vaste et complexe réseau de relations, à nous-même, aux autres, à l’environnement.

Dans un monde globalisé, il est absurde de ne pas considérer le système « Terre » et tous ses habitants. Nous avons donc plus que jamais besoin d’une pensée systémique et relationnelle pour répondre au mieux aux problèmes. Ignorer les relations, c’est aussi construire un monde déshumanisé. Cela nous amène à nous couper des personnes qui souffrent, des personnes en proie à des souffrances psychiatriques, en marge, des réfugiés, comme s’ils étaient extérieurs à nous. « Les murs ne seront jamais assez hauts pour nous protéger de ceux qui nous dérangent », nous dit le spécialiste belge de l’École de Palo Alto, Jean-Jacques Wittezaele. Plutôt que de lutter contre l’exclusion ou la délinquance, nous pourrions réfléchir à la relation que notre société entretient avec les personnes en difficulté.

Reconnaître notre interdépendance

La pensée de Watzlawick nous invite donc à reconnaître notre interdépendance : nous partageons la même maison, le même vaisseau, et il apparaît comme une évidence que cette merveilleuse maison est fragile et menacée à bien des égards. Comme disait Gregory Bateson, un des mentors de Watzlawick, « … ceux qui vivent dans des maisons de verre – et surtout ceux qui partagent des maisons de verre – feraient bien d’hésiter à se lancer des pierres (1). »

Voguant de Wittgenstein à Bateson, de Russel à Groucho Marx, entre logique, paradoxe et humour, Watzlawick nous invite à la créativité mais aussi à l’humilité.

Nous ne sommes qu’une petite partie d’un tout, et notre connaissance est donc limitée. Cela étant, en en étant conscient, nous pouvons rentrer en relation avec ce tout de manière plus souple, imaginative et fertile.

Remettre les liens au centre de la vie, c’est aussi réintégrer la philosophie, la poésie et l’humour au cœur du discours politique. C’est consentir à questionner et réinventer ce qui nous relie et nous permet de mieux vivre ensemble.

(1) : Gregory Bateson, « Une unité sacrée – Quelques pas de plus vers une écologie de l’esprit », chapitre 30, Seuil, Paris, 1996.

Biographie de Paul Watzlawick

Un des piliers de l’École de Palo Alto

Né en 1921 en Autriche et mort en 2007 à Palo-Alto, en Californie, Paul Watzlawick fut à la fois psychologue, psychothérapeute et psychanalyste jungien. Il est aussi un des membres fondateurs du courant de pensée connu sous le nom d’ »École de Palo Alto ». Ses travaux ont porté sur la théorie de la communication, la thérapie familiale et la psychothérapie.

Influencé par Ludwig Wittgenstein , Gottlob Frege et Kurt Gödel, il s’intéresse à la logique et obtient un diplôme de docteur en philosophie en 1949, avant de se former à la psychologie analytique à l’Institut Jung Carl à Zurich. Il voyagera ensuite et enseignera la psychologie et la psychothérapie à l’université du Salvador, avant de plus tard enseigner la psychiatrie à l’université de Stanford.

Sa rencontre avec Donald D. Jackson le fera venir à Palo Alto, en Californie, où il devient l’une des figures centrales de l’École de Palo Alto. Ce groupe de chercheurs dont font aussi partie Gregory Bateson, Jay Haley, et Dick Fisch (influencés par le psychiatre Milton Erikson) va révolutionner les domaines des théories de la communication, de la psychothérapie et de la thérapie familiale. Ils seront les premiers à établir un lien entre communication, relations familiales et désordres mentaux. Ils s’intéressent également aux pratiques en thérapie, notamment à la thérapie brève, tout en s’appuyant sur la façon dont apparaissent les troubles du patient plutôt que sur leur raison et en adoptant un point de vue relationnel nouveau sur les patients, les maladies et les thérapies.

Watzlawick est auteur ou co-auteur de 15 livres et a rédigé plus de 130 articles. Il a coécrit plusieurs ouvrages qui ont révolutionné les sciences humaines : Une logique de la communication ou encore Changements, paradoxes et psychothérapie. »

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