Orientation résultat partie 3

Chapitre 3 : L’orientation résultat

Madeleine aimerait avoir le temps de se ressaisir et de revenir à la réalité mais Ericson enchaine directement.

Il accroche une fois de plus fermement son regard et tend à nouveau ses mains ouvertes vers elle, un peu comme un mendiant. Il lui demande si elle est d’accord de continuer. Ces gestes, ces yeux, ce regard… Madeleine à chaque fois est envahie, submergée par l’intentionnalité pénétrante de ce Monsieur.

Elle est totalement déstabilisée et très perturbée. Elle a le sentiment d’un grand trou, il lui manque quelque chose d’indéfinissable. Elle sait que ce quelque chose a existé mais elle est incapable de s’en souvenir.

Elle entend à peine la question « Etes-vous prête à continuer ? » et elle répond machinalement « Oui, d’accord, je vais bien maintenant, on peut continuer ». Ericson saisit l’opportunité offerte et renchérit immédiatement : « Bien, c’est comment pour vous ? ».

Cette question bouscule encore un peu plus Madeleine. Devant elle, il y a juste un grand vide, un blanc absolu, elle n’a plus d’idées, les mots ne viennent pas. Habituellement des milliers d’idées se bousculent dans sa tête, c’est toujours une véritable cacophonie. Avant, elle aurait eu une histoire à offrir, elle aurait brodé, elle aurait expliqué que c’était l’inverse de ‘mal’ et que ‘mal’ c’était comme sa vie avec tous ses problèmes, elle aurait donné à qui voulait l’entendre de multiples détails à faire pleurer les cœurs les plus durs. Mais là, en ce moment, il n’y a plus rien, c’est le néant.

‘Bien’, lui est venu comme ça, sans réfléchir. ‘Bien’, cela n’avait pas vraiment de sens, c’était juste pour dire quelque chose pour répondre à sa question. Elle se demande pourquoi il insiste sur un mot si anodin.

Elle est assise sur cette chaise, devant ce Monsieur qui la scrute du regard avec ses deux mains implorantes et elle ne sait plus quoi répondre. Le temps est suspendu, un vague sentiment de vertige commence à l’envahir, accentué par le fait que ses pieds touchent à peine le sol.

Ericson insiste encore avec ses yeux et ses mains, il réaffirme que ‘déchirure’ est parti en faisant toujours le même geste d’éloignement et ensuite il revient avec ses deux mains tendues, paumes ouvertes vers le haut, toujours comme un mendiant.

Elle sait qu’elle doit répondre quelque chose pour enfin se débarrasser de cette question à la fois stupide et embarrassante. Madeleine, confuse, rétorque sans réfléchir sur un ton un peu cassant : « Bien, c’est bien ! ». Oui, voilà, avec cette réponse, elle espère qu’il va enfin la laisser tranquille et qu’elle va pouvoir essayer de se remémorer ce qu’elle cherche.

Ericson têtu, ne désespère pas et il continue son interrogatoire insensé : « Et quand vous êtes bien, c’est comment pour vous ?».

Cette fois Madeleine excédée réagit instantanément et elle se surprend à dire : « Légère !». Et en même temps qu’elle prononce ce mot, elle visualise un nuage ; elle EST un nuage !

Elle voit Ericson esquisser un sourire et changer de position comme s’il avait enfin obtenu ce qu’il cherchait. Elle a le sentiment qu’elle a bien répondu et qu’elle va enfin pouvoir souffler un peu.

Mais non, toujours en accompagnant son discours par des gestes et en accrochant le regard, Ericson revient à la charge : « ‘Bien’, ‘légère’, c’est important pour vous ? ».

Il prononce ces mots avec conviction comme s’il vivait la même chose que Madeleine, comme s’il comprenait toute la portée de ces deux petits mots, toute leur profondeur, toute leur valeur. Ces deux simples petits mots remplacent la totalité de ses ‘maux’.

Ces mots, ‘bien, légère’ reviennent aux oreilles de Madeleine comme un écho et il se produit quelque chose d’étrange. Elle n’a jamais connu cette sensation, elle flotte comme un nuage, elle est légère, libre. Elle aimerait qu’on la laisse tranquille. Quelque chose qu’elle ne peut pas identifier est parti. Ce quelque chose qui auparavant occupait la totalité de ses pensées, de ses actions, de ses croyances et qui justifiait son existence, ce ‘quelque chose’ a totalement disparu.

Par contre, dans les mains d’Ericson, elle perçoit distinctement ‘bien et légère’ ; ce sont ses mots à elle, ils sont réels et derrière ces mots, elle sait qu’elle découvrira encore autre chose. Cet autre chose est encore indéfinissable, elle le devine mais c’est à peine perceptible pour le moment.

De nouvelles sensations montent lentement en elle mais il est encore trop tôt pour les exprimer. Peu à peu, elle visualise des lettres de toutes les formes, de toutes les couleurs. Elles s’assemblent doucement pour former de nouveaux mots. Elles n’arrivent pas encore à les lire, elle est trop impatiente, elle va trop vite.

Elle voit sans voir, elle entend sans entendre, elle a à peine conscience de son corps, seules les odeurs particulières de la pièce la maintiennent encore présente.

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s