L’interview, partie 1

Nous reprenons ici les 12 étapes du HOT système®qui sont résumées dans le HOT roman, une courte histoire qui raconte une séance avec Madeleine.Nous avons illustré chaque partie avec des extraits de conférence et d’ateliers. Les personnages sont floutés par respect de l’individu, on y perd malheureusement les expressions faciales. Ces vidéos sont faites sans trucage ou mise en scène, ce sont de véritables séances de travail. Un livre complet sur la méthode est à la relecture et sera, nous l’espérons, bientôt publié.

Chapitre 1 : Interview

Ericson invite Madeleine à entrer dans un bureau assez vaste décoré sommairement. Une table en bois massive avec un ordinateur et de nombreux monticules de papiers et de livres occupe un coin de la pièce à proximité d’une large fenêtre. De nombreux diplômes brunis ornent les murs peints dans une couleur assez terne. Une odeur indéfinissable parfume l’atmosphère. Ce n’est pas désagréable mais un peu inattendu.

Et puis, là, au centre de l’espace, deux chaises identiques sont disposées à angle droit, distantes de plus ou moins un mètre. Ericson propose à Madeleine de s’installer. Celle-ci, après hésitation, s’assied sur la chaise la plus proche. De son côté, il attend qu’elle soit assise pour l’inviter à prendre place sur l’autre chaise en prétextant qu’elle sera plus confortable. Elle obtempère, un peu surprise, elle reprend son sac et change de place.

La chaise est un peu haute, et les pieds de Madeleine, qui mesure 1,63 m, touchent à peine le sol. Ericson s’assied sur l’autre chaise en la rapprochant un peu et demande ce qu’il peut faire pour l’aider. Il accompagne sa demande d’une gestuelle ouverte, les deux mains paumes vers le haut, tendues vers Madeleine.

Elle va enfin pouvoir raconter tout ce qui lui arrive, sa séparation brusque avec son mari qui était aussi son employeur, sa perte d’emploi avec ce chômage ridicule car elle était seulement déclarée à mi-temps alors qu’elle travaillait 6 jours complets par semaine sans compter le nettoyage des bureaux le soir, et la difficulté d’élever seule sa fille, le départ brusque de celle-ci à l’étranger, le décès de sa mère après un cancer invasif et puis enfin son combat à elle contre cette maladie, cette malédiction familiale. Les idées se bousculent à un tel rythme dans sa tête qu’elle ne sait même plus pourquoi elle est là… et les mots ne sortent pas.

Elle prend une profonde inspiration, pose ses deux mains à plat sur ses genoux et commence à se raconter : ses douleurs dans le dos, ses insomnies, sa toux à répétition, ses migraines et ses kilos en trop, … Elle balbutie, mélange les mots, inverse les phrases, confond les dates. Elle se rend compte qu’elle n’arrivera pas à tout raconter en une seule séance. Elle sent ce flot de mots monter au fond de sa gorge et devant son impossibilité à l’exprimer complètement elle se met à pleurer à chaudes larmes. Elle se ressaisit, Ericson lui tend une boîte de mouchoir en papier, elle en prend un et frotte doucement ses yeux.

Elle s’excuse de son émotivité et elle reprend la narration interrompue de son histoire. Les mots vont à nouveau pouvoir sortir de sa bouche dans un ordre plus compréhensible. Cette fois-ci elle décide de commencer par la fin de son histoire, elle évoque sa dernière épreuve avec le cancer et les incertitudes de la dernière biopsie. Elle va donner des détails quand Ericson l’interrompt doucement d’un geste. Il dit comprendre la problématique et demande à Madeleine s’il y a un avant et un après.

Madeleine est interloquée, elle tente de reprendre le fil de son histoire comme si elle n’avait pas entendu ou compris la demande. Elle parle des médecins qui hésitent par rapport à l’évolution de son cancer et que cette incertitude la détruit plus que sa maladie.

A nouveau, Ericson l’interrompt en faisant un geste étrange d’écartement avec ses mains. Il confirme avoir entendu la plainte de Madeleine et lui demande de résumer tout ce qu’elle ressent en un mot, un seul mot. Il précise que ce mot doit contenir tout ce vécu, toute cette douleur, toutes ses difficultés.

Il passe alors lentement une main devant son visage et l’invite à fermer les yeux afin de laisser surgir le mot qui résume toute cette problématique.

Elle ne comprend pas, elle est là pour se raconter, pour que quelqu’un l’écoute, elle a besoin d’être entendue, de donner des détails. Pour elle, un dictionnaire de mots ne suffirait pas et il lui demande un seul mot. Tous ses malheurs qui s’accumulent dans sa vie, son histoire, elle veut que l’autre écoute, que l’autre la comprenne et l’aide à s’en sortir. Il faut rompre ce maléfice qui la poursuit depuis tant d’années. C’est pour ça qu’elle est venue voir ce Monsieur. Elle ouvre les yeux et fixe attentivement Ericson pour bien lui faire comprendre sa désapprobation.

Ericson ne se laisse pas décontenancer et patiemment, en insistant du regard, il répète sa demande et l’encourage à nouveau à trouver le mot qui contient à lui seul la totalité de son histoire. Il demande de ramener à un seul mot la totalité d’une vie composée principalement de tant de malheurs et de souffrances.

Les idées se bousculent dans la tête de Madeleine. Elle est partagée entre l’incongruité de la demande et son désir de quand-même avancer. Son amie l’avait prévenue de l’originalité de la méthode et du praticien.

Elle referme les yeux, elle se calme, elle se concentre et examine mentalement la requête du praticien. Elle commence à revivre son parcours durant toutes ces années un peu comme si elle voyait défiler sa vie derrière ses paupières.

Puis, à un moment, à sa plus grande surprise, elle s’entend crier :
« déchirure !».

Oui, c’est ‘déchirure’ qui résume le mieux sa vie : ‘déchirure’ avec son mari, son travail, sa mère, sa fille et enfin avec cette partie d’elle-même que les médecins ont enlevé, arraché.

Oui, c’est le mot ‘déchirure’, elle le crie au plus profond d’elle-même et elle le confie enfin à haute voix, en ouvrant les yeux, et en regardant intensément ce Monsieur qu’elle connaît à peine. Elle s’étonne elle-même de la façon dont ce mot a surgi soudainement, spontanément.

Elle aimerait reprendre son récit, donner plus de détails, mais à chaque fois c’est le mot ‘déchirure’ qui vient s’imposer à son esprit et qui la coupe dans son élan narratif.

Ericson, tout en faisant à nouveau ce geste des deux mains vers le côté, reprend le mot ‘déchirure’ en insistant sur la première syllabe. Il répète à nouveau : « ‘déchirure’, si je comprends bien c’est ce mot ‘déchirure’ qui résume votre problématique ?».

Son regard est sincère, sa tête est légèrement penchée vers la gauche, il s’est encore un peu rapproché. Une fois de plus, il demande à nouveau à Madeleine de reconfirmer le mot ‘déchirure’ et répète posément la même gestuelle d’éloignement en prononçant ce mot.

Les yeux de Madeleine sont rivés sur ce visage, elle ne sait plus que penser ; elle regarde ces mains qui par leurs mouvements semblent mettre de côté la somme de toutes ses souffrances accumulées. C’est trop simple, trop facile. Un sentiment de frustration est en train de remonter mais ce regard, ces gestes confirment pourtant qu’elle a été entendue par son interlocuteur.

En lui donnant ce mot ‘déchirure’, elle lui a confié le titre du livre de sa vie. Il le tient entre ses mains comme quelque chose d’infiniment fragile et précieux.

Et pourtant, elle a vite compris que ce livre, il ne l’ouvrira pas, qu’il ne le lira jamais. ‘Déchirure’ sera simplement rangé parmi d’autres ouvrages dans une bibliothèque et deviendra à jamais anonyme.

Sa vie serait donc juste une vie parmi d’autres vies. Madeleine se sent complètement partagée entre frustration et soulagement.

 

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