Qui est Gustave Jardoon ?

Gustave Jardoon, ce nom ne doit pas vous dire grand chose. Il est apparu bizarrement dans mon existence durant une promenade. Depuis, je le croise de temps en temps. Je l’avais qualifié d’extraterrestre tellement il était humain dans ses propos. Il connait beaucoup de choses sur la vie sans pour autant être « latiniste distingué ». Je m’explique, une promenade avec lui, c’est des cours sur la nature, sur les choses de la vie. Il ne connait pas le nom des plantes ou des oiseaux mais il peut les décrire, reproduire leur chant (pour les oiseaux), différencier les plumages suivant le sexe, dire où ils nichent et ce qu’ils mangent, … Pour les plantes, il peut dire si elle est comestible, son moyen de reproduction, etc…, idem pour la faune qui nous entoure. C’est une véritable encyclopédie de savoir mais sans les noms latins.

Je ne sais toujours pas où il vit, je sais juste qu’il a une petite propriété à l’écart du monde et qu’il vit principalement en autarcie dans une sorte de ferme. Il produit en toute saison de quoi se suffire à lui-même. Il n’est pas végétarien, ni végétalien. Il a des poules, des canards, des lapins, des pigeons et je pense même un petit cochon. Il a un fumoir et un four à pain. Il ‘explique avec beaucoup d’émotion que pour lui sacrifier une poule ou une laitue de son jardin est nécessaire pour lui survivre et qu’aussi bien la poule que la laitue bénéficient du même rituel. Je l’ai vu ramasser des noix ou cueillir des pommes avec toujours ce respect pour la nature et toujours un instant de recueillement et de remerciement. Ce geste n’émane d’aucune religion ou croyance, c’est juste pour lui sa façon de remercier l’univers qui le nourrit. C’est vraiment un drôle de zigue.

Je ne connais pas grand chose de lui, je ne sais pas s’il a encore de la famille ou s’il a des amis. Il m’a avoué que j’étais la première personne avec qui il discutait depuis longtemps et que pour lui c’était difficile de parler après autant d’années de mutisme et de vie en ermite. Il m’est impossible de le joindre, pas de téléphone ou d’adresse mail. Je ne sais même pas s’il est connecté à internet. Il apparaît comme ça sur mon chemin et il me demande l’autorisation de m’accompagner pour partager un peu de sa solitude. Je ne lui donne pas d’âge mais son visage est fortement marqué par les épreuves de la vie. Ce ne sont pas des rides à proprement parler mais plutôt des cicatrices, des sillons que de nombreuses larmes et de la sueur ont du emprunter. Il marche sans boiter, la tête haute, le regard droit devant et tous les sens éveillés. Il marche en conscience de l’environnement et sa place dans l’environnement. Il n’est pas touriste de la vie, il est acteur de chacun des moments de son existence.

J’ai rencontré de nombreux mentors, maîtres ou enseignants dans diverses disciplines mais jamais, je n’avais rencontré quelqu’un d’aussi simple et d’intéressé à l’autre plutôt qu’à son propre savoir et pourtant il en connait des choses.

J’espère encore croiser son chemin, je ne sais ni où, ni quand mais sa sagesse de la vie commence drôlement à me manquer.

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