Aye aye

Ca y est, je l’ai fait et ça fait mal, je dirais même plus aïe-aïe. On ne va pas se plaindre, je ne m’en sors pas trop mal après 15 jours à l’hosto. La machine est globalement abimée mais elle continue à fonctionner. Je ne me plains pas et comme dans toute chose, il y a toujours du positif.

Ce séjour fut des plus instructifs sur l’apprentissage du fonctionnement de mon corps, sur celui du fonctionnement des relations humaines dans un milieu clos et sur celui du chaos médical dans lequel nous évoluons. Attention, je ne tire pas à boulet rouge sur notre médecine, je constate juste les limites d’une rationalisation à l’extrême d’un système et la disparition de l’humanité de notre système de soins au profit de la rentabilisation d’un outil.

En ce qui concerne mon corps, j’ai appris à découvrir l’étonnante adaptabilité de l’être humain et les potentiels inimaginables de notre cerveau. L’hypnose m’a beaucoup aidé à passer à travers les différentes épreuves tant physiques que psychologiques. Prendre de la distance, faire l’hélicoptère et observer la situation plutôt que d’être dans la situation permet de prendre d’autres décisions et parfois même des pistes non envisageables autrement.

En ce qui concerne les contacts sociaux, il sont de trois types. Tout d’abord, les collègues malades que l’on rencontre dans sa chambre, ou dans les couloirs. Chacun a son histoire, chacun a besoin de se raconter, chacun a les pires misères. C’est humain et le mieux que l’on peut faire c’est amener de l’humour, du moral, de l’autodérision. J’ai un maximum de compassion pour ces malades atteints de démence (alzheimer ou autre) perdus, sans repères qui tentent par tous les moyens de comprendre où ils sont et de fuir pour retrouver leur liberté. Je pense à cette dame qui n’a pas cessé de pleurer et à son mari stressé qui hantait les couloirs sans desserrer les mâchoires. Mes pensées vont aussi à me compagnons de chambrée qui apprenaient chaque jour une aggravation de leur cas. Je pense à ces épouses apportant avec des fruits un maximum de réconfort à leur mari tout en camouflant avec peine leurs larmes, leurs peurs, leur impuissance.
Enfin, tous mes remerciements aux infirmières, aide-soignantes et dames de l’entretien pour leur dévouement.

Le microcosme humain décrit ci-dessus ne comprend pas les médecins, et pour cause, il est tellement rare d’en rencontrer un. Durant les derniers jours de mes vacances forcées, avec ma tension au maximum (24/14), je n’ai vu personne de soi-disant responsable. Les infirmières respectaient le protocole et faisaient références au médecin de garde qui ne m’avait jamais vu mais qui avait mon dossier. Et c’est ce dimanche là que l’expérience la plus loufoque a été vécue : Mon maximum de tension refusait obstinément de descendre en dessous de 24 malgré les médicaments, l’infirmière en réfère au médecin de garde qui lit mon dossier et voit que les bains chauds font baisser ma tension. L’infirmière reçoit les instructions suivantes le dimanche vers 14h, soit je prends un témesta pour me calmer, soit je prends un bain chaud comme je faisais chez moi pour faire baisser la tension en cas de crise. Ma maison étant située à 150 m de l’hôpital, j’opte pour le bain chaud et je sors de l’hôpital après avoir signalé mon départ à l’infirmière. Je suis revenu une heure plus tard avec une tension à 16.

Loufoque, absurde, contraire aux règles de sécurité mais efficace et salvateur.

Les médecins, les spécialistes, les professeurs, les étudiants, tous sont formatés et fonctionnent dans un système organisé et hiérarchisé comme une usine, une entreprise. Les protocoles, les procédures, les temps machines, tout est organisé, minuté et rentabilisé. Pour le côté humain, en dehors du personnel infirmier, c’est le sourire à l’américaine, le « bonjour » artificiel, et le « ça va aller » de rigueur. Une usine aux rouages biens huilés, une usine où le mot rentabilité a pris le dessus, une usine où l’être humain est devenu un objet un produit à réparer comme une TV.

Je pourrais m’étendre longtemps sur le sujet mais ce serait une lutte vaine et un combat perdu d’avance.

J’ai vu un escroc hier, un qui répare avec les mains, un qui a écouté mon problème, un qui m’a fait mal en appuyant tant manuellement que psychologiquement là où ça fait mal. Je suis sorti debout de chez lui, en marchant la tête haute car je n’étais plus un objet mais bien un être humain. Je ne disais plus aïe-aïe.

Je dédie cet article à J-P, F., M. et toutes les infirmières de l’étage neuro ainsi qu’à la dame de l’entretien. Vous vous étiez humains.

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