Le regard des autres

Une des grosses difficultés à vaincre pour la plupart d’entre nous, c’est le regard des autres et au-delà le jugement éventuel. C’est presque aussi difficile à accepter que de poser une question à l’autre et d’entendre un refus.

Ce regard des autres, cette peur d’y aller, je l’ai rencontrée pour la première fois dans ma pratique professionnelle dans la rue. Je devais superviser des jeunes travaillant pour différentes ONG (Oxfam, unicef) et chargés de faire signer des promesses de don dans la rue. Ces jeunes, au départ remplis d’enthousiasme et de générosité, convaincus de leur rôle humanitaire et pleins de bonnes intentions se retrouvaient souvent muets et incapables de bouger une fois confronté à la réalité du terrain. Imaginez-vous seul dans le flux d’une rue commerçante en pleine période de solde (Rue Neuve à Bruxelles par exemple). Vous-êtes là, avec vos petits papiers à faire remplir (minimum 6 par jour) et vous devez attirer l’attention pour accoster les gens.

Les africains en général (suivant mes 2 années d’expérience) n’avait pas ce problème. Pour eux, c’était naturel, ils accostaient sans complexe et en plus ils touchaient, ils rentraient dans la bulle de d’intimité de l’inconnu. L’européen, bien de chez nous, avait un mal fou à se départir de ses craintes, de ses croyances, de sa culture et de son éducation. C’est la place aux doutes, aux croyances, aux jugements, à la perte d’estime de soi et à la paralysie presque complète du corps. Ce qui ne facilite pas bien entendu le travail et provoque d’office l’échec qui vient renforcer nos croyances : « je ne suis pas capable … »

Ce problème, avec des formations traditionnelles en hypnose, est éludé. Le thérapeute reçoit la personne dans son cadre de travail rassurant, son espace de confort. Il s’assied à une certaine distance et avec la meilleure intention du monde et des métaphores à faire pâlir un prix Goncourt, il « récite » son travail. Bref, tout va bien sauf qu’il a rarement des retours et ce manque de reconnaissance quelque part l’angoisse avec son lot de questions existentielles.

Nous avons assisté hier soir à une réunion NGH, brillamment présentée par Denis Bertrand, sur l’hypnose de rue. En dehors de nos divergences sur cette méthode, il a expliqué que c’était pour le thérapeute de sortir de sa zone de confort et je suis entièrement d’accord avec lui. Il faut encore nuancer sur la façon dont cela est pratiqué et sur les côté pouvoir et show liés à ce type de pratique.

Ce sujet, du jugement et du regard de l’autre, m’occupe de puis longtemps car c’est quelque chose que j’ai également vécu pendant très longtemps et qui m’a fortement handicapé dans mes relations. Jeune, j’étais terriblement timide, parler à une fille provoquait chez moi un accès de rougeurs et de sueurs dont je me serais bien passé. J’ai mis pour la première fois les pieds dans un café à 21 ans. J’avais peur d’aller chez le coiffeur ou d’entrer dans un magasin pour acheter un vêtement. J’aurais tellement voulu avoir la cape d’invisibilité de Harry Potter ou être simplement invisible. J’avais beau faire des efforts, les circonstances venaient renforcer comme par malédiction ce handicap.

Et puis, voilà qu’aujourd’hui, je présente des conférences, je parle avec des femmes (pour les hommes j’ai encore difficile !), j’anime des ateliers et je publie des vidéos sur le net. Que s’est-il passé ?

Concrètement, je n’en sais rien mais je crois que c’est l’aboutissement d’un certain nombre de stratégies mises en place. Il est clair dans mon esprit que ce handicap vient directement de mon éducation et de mon milieu familial. Aux yeux de mon géniteur, ce n’était jamais assez bien, je pouvais toujours faire mieux. Jamais, je n’ai reçu un mot d’encouragement et j’étais éduqué dans une société ou la réussite à tout prix était la règle d’or. le mot d’ordre « tire le premier, tue l’autre », un peu la philosophie « Trumpienne ». Le regard de l’autre était devenu une épée de Damoclès qui pouvait frapper à tout instant. J’imagine que de nombreuses personnes vont se retrouver dans trop court résumé.

Bref, pour pallier à ce handicap et tenter d’aider mes élèves au HOT système®, j’ai mis en place certaines stratégies qui peuvent aider mais pas toujours convenir (et ça me désole).

Première stratégie : la formation en communication non-verbale inspirée des techniques d’improvisation théâtrale. J’ai découvert ce mode d’expression tardivement grâce à mon fils, un pro de l’impro. Monter sur scène, sans texte, sans savoir ce que l’autre va faire, devant un public et devoir construire un histoire qui tienne la route sans détruire l’autre, juste du win-win, c’est un véritable défi. C’est là qu’une partie de la magie a opéré. Non, ce n’était pas moi qui était tout nu devant le public, c’était une expression de mon être le plus profond qui avait enfin l’opportunité de s’exprimer, de s’extérioriser sans subir le regard destructeur et jugeant de l’autre. Sur scène, il y avait un partenaire et cette partie de moi qui n’était plus moi. Incroyable, magique, un état de transe hypnotique fabuleux. Les mots me manquent. OUI, c’était possible, j’avais retrouvé cet enfant intérieur complètement innocent et qui prenait plaisir à jouer, à s’exprimer avec des émotions plus vraies que celles de la vie quotidienne.

Deuxième stratégie : Durant nos formations, et contrairement à de nombreuses autres où j’ai participé, je demande aux élèves de pratiquer devant les autres. Au début, je confirme, c’est difficile, ensuite le regard des autres n’existe plus. On n’est plus dans le jugement, on est dans l’observation, l’erreur ou la réussite de l’autre devient une source d’enrichissement pour chacun.Cela sous-entend une bonne dynamique de groupe à mettre en place par l’animateur et la remise à sa place, sans pitié, de tout individu juge perturbateur par vocation divine. La méthode, même si elle soulève quelques désapprobation au départ, est généralement louée en fin de formation.

Troisième stratégie : je demande aux élèves qui veulent s’investir dans ce métier, d’organiser une conférence avec une quinzaine de personnes et d’exécuter une démonstration en fin de conférence. Je traite la partie théorique pendant environ une heure et je laisse ensuite la place à l’élève. Cette transition génère souvent un grand moment de solitude pour l’élève, le cerveau émotionnel s’exprime clairement, un petit pipi avant de commencer est un signe avant-coureur du vide abyssal dans lequel l’élève se trouve. Mais voilà, « show must go on », et après ce léger instant de doute, c’est le travail qui commence, le public n’existe plus et il n’y a plus que l’élève et son partenaire. La magie a de nouveau opéré et le travail est fait et bien fait (non ce n’est pas un jugement !).

Quatrième stratégie : j’organise ou je demande aux plus motivés, d’organiser des ateliers de supervision et de venir avec des « cobayes » pour pouvoir travailler avec des inconnus et permettre de sortir du milieu familial rassurant et des amis. C’est pour beaucoup, l’occasion d’expérimenter en vrai la technique et d’obtenir certaines précisions plus techniques.

Cinquième stratégie : Le travail de tous et la démo de fin de journée sont filmés et chacun reçoit après sa formation (deux à trois jours) la vidéo de sa prestation. Se regarder, se voir avec le regard des autres est presque aussi difficile que de prendre la parole en public. S’entendre, se voir est à nouveau une épreuve qu’il va falloir vaincre pour s’accepter. Je passe des heurs à faire mes montages vidéos et à les envoyer à chacune des personnes avec le lien pour eux la télécharger. Certains le font d’autres jamais.

Sixième stratégie : là, je vends mon produit, une bonne séance HOT qui va vous permettre de mettre ce problème de côté une bonne fois pour toute et d’aller vers autre chose.

Oui, (et je vais me faire des ennemis) rien de plus confortable qu’une bonne séance en éricksonien pour éviter le problème (septième stratégie).

Je profite de ce petit article pour vous annoncer un atelier de supervision le 17 juin à Lessines (non, ce n’est pas le trou du »… » du monde) organisé par Nathalie. Venez nombreux avec vos stratégies.

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