Le mensonge des mots

keith-johnstone

 

« Ce n’est pas ce que j’ai dit » dit elle en prenant une position de retrait. Je répond « les mots n’y étaient pas mais ta position, ton intonation, ton accentuation de certaines syllabes, délivraient un tout autre message ».  Son non-verbal m’a donné des informations en contradiction avec son texte, avec les mots. Ce court échange verbal est le résumé d’une petite discussion avec mon épouse ce matin. Elle a horreur quand je lui réponds comme-ça et je la comprend car c’est une façon de ne pas jouer le jeu et de se mettre en dehors du débat.

Cette courte introduction me permet de vous parler d’un livre (je l’ai déjà cité) sur l’improvisation : IMPRO, improvisation & théâtre de Keith Jhonstone.  J’ai découvert ce livre grâce à mon fils qui est un fana d’impro. J’ai moi-même suivi quelques formations dans ce domaine ce qui me permet d’animer mes conférences avec un peu plus d’originalité qu’un simple powerpoint dont on lit le texte mot à mot au public. J’adore improviser et me mettre dans cet état second ou je retrouve le contact avec mon inconscient. Mais j’anticipe !

Le livre n’est pas réellement facile à lire au premier abord, mais il contient une mine d’or d’informations sur les comportements humains et sur les relations entre individus. Tout cela part du travail avecdes élèves dans le domaine théâtrale. Comment faire jouer vrai sans jouer ? Comment construire une histoire sans texte préparé ? Comment se positionner (status) dans le jeu ?

 

Je n’ai aucune intention de faire du spectacle (quoiqu’une conférence est une forme de spectacle !). J’utilise plutôt les outils proposés pour rencontrer les gens à un autre niveau et cela me sert principalement en thérapie. Les gens qui veulent se faire aider viennent tous avec une histoire, une histoire soigneusement écrite et répétée, histoire souvent édulcorée, aménagée, interprétée. Ces personnes (vous et moi) sont devenues expertes dans l’art de raconter leur « chef d’oeuvre ». Ce « chef-d’oeuvre », c’est leur vie, leur raison d’être, leur fatalité, la raison de leur malheur et nous, les thérapeutes, nous sommes là pour entendre et voir jouer ce « chef-d’oeuvre », pour l’admirer, pour le prendre en compassion, pour résoudre leurs problèmes avec notre savoir, nos diplômes, nos connaissances, nos pilules miracles. Le « chef d’oeuvre » exposé a toujours cette particularité d’être un serpent qui se mord la queue, un cercle vicieux. On ne peut rien résoudre sans automatiquement créer un autre problème qui ramènera au problème initial. On tourne en rond et quelque part, les gens ne désirent pas de solution car ils perdraient leur identité, leur histoire, leur « chef-d’oeuvre » (lire ou écouter François Roustang sur ce sujet).

Tout l’art du thérapeute est alors de sortir du jeu proposé par le patient, de couper court. En Ostéo, j’ai appris à ne pas vraiment écouter la plainte au niveau de l’endroit de la douleur. « Je sais, vous avez mal à la tête, mais quand j’appuie là, sur votre lombaire, ça fait quoi ? ». L’autre répond : « Aïe, vous me faites mal, arrêtez, c’est quoi ce point là, je ne m’en rendais pas compte,… ».

Pour moi, la meilleure façon de me connecter à l’autre, c’est de ne plus l’écouter et de me mettre en connexion avec mon inconscient pour pouvoir établir la liaison avec l’inconscient de l’autre. J’essaie d’établir une relation d’âme à âme qui me permettra de mieux comprendre la vraie problématique. La relation est habituellement un jeu qui se déroule suivant des règles établies par les usages, les statuts, le contexte. Tant que l’on reste dans cette vision, on ne peut pas avancer et moi, mon but, mon seul but, est de permettre à l’autre de trouver par lui-même sa solution en proposant à son inconscient d’autres pistes de réflexion, d’autres points où ça fait vraiment mal. L’improvisation est permanente, l’observation est primordiale, les mots (en dehors de ceux qui témoignent d’un affect) perdent leur sens. Les gestes, les réactions, les grimaces, les expressions, les intonations, les silences deviennent les seuls signifiants pour les deux joueurs (thérapeute et patient). On est alors tous les deux nus sur scène, on ne joue plus la vie, on la vit. Tout devient possible, il n’y a plus de limites.

 

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