Le même sac à dos

Au plus j’écoute les histoires de chacun au plus je me rends comptes que nous portons tous le même sac à dos. On le remplit au fur et à mesure de notre existence de différents apprentissages et souvenirs, ce sont comme des coquillages, des cailloux et des pierres que nous ramassons tout au long de notre chemin. Et on entasse dans ce sac qui s’alourdit au fur et à mesure et que l’on a de plus en plus de mal à porter. Il est lourd et encombrant, les bretelles nous écorchent les épaules et le poids nous fait nous courber de plus en plus en avant.

Dans les thérapies traditionnelles, on essaie de vider un peu le sac, de tirer quelques pierres pour soulager la personne et ainsi lui permettre de continuer à avancer. On fait un peu de place dans le sac pour y ajouter de nouveaux trésors, de nouvelles photos, de nouveaux coquillages. Ces coquillages qui sont si beaux sur la plage et si ternes ensuite. Ils perdent leurs couleurs et leur énergie une fois isolés de leur environnement. Oui, ils rappellent bien un vague souvenir, mais c’est si loin et il y en a tellement qu’on ne se souvient plus de l’endroit où on l’a ramassé. Le souvenir fait alors place à une sorte d’angoisse, quelque chose d’insaisissable, un furtif moment de bonheur. On sait que ça a existé mais c’est tellement difficile à revivre.

Nous nous arrêtons tous un jour, le sac est trop lourd, nos jambes ne sont plus assez fortes, notre dos est cassé. Dans le meilleur des cas, on s’assied et on attend en regardant les autres continuer à ramasser les coquillages et les cailloux. Dans le pire des cas , on tombe sous le poids du sac et on finit écrasé. Certains demande de l’aide pour se relever et continuer, d’autres exigent de l’aide au nom de leur fortune, de leurs moyens ou de leurs droits. Parfois ça marche et une bonne âme au sac pas encore trop plein vient prélever quelques pierres pour alléger le sac d’autrui. Ces bonnes âmes se chargent alors de ce qu’on appelle un héritage qui ne leur appartient pas et vous connaissez la suite.

Dans certains cas, les sacs se déchirent et les gens continuent à amasser des tas de coquillages qui tombent aussi vite du sac qu’ils y sont entrés. Ce sont les bienheureux.

Et puis, il y a ceux qui ont décidé de ne plus porter de sacs, de ne plus amasser de trésors pour la postérité. Ces personnes avancent légères, elles semblent flotter. Oui, elles ramassent des coquillages comme les autres, elles les contemplent, elles vivent l’instant avec ses ambiances, ses bruits, ses images, ses odeurs. Elles goûtent le parfum salé des embruns, elles font miroiter le nacre au soleil pour contempler tous les reflets. Elles reposent le coquillage et elles repartent emplies de toute l’énergie de cet instant. Ce n’est plus le poids d’un souvenir qu’elles emmènent avec elles mais la légèreté de la vie.

Personnellement, j’ai déposé mon sac il y a longtemps, je ne sais plus où. De toute façon, les rapaces se sont vite précipités pour s’en approprier le contenu et c’est ainsi qu’une partie de moi que j’ai oublié continue à vivre à travers la mémoire d’autres personnes. C’est un lourd fardeau qu’elles ont décidé de porter à ma place et je me demande bien pourquoi, ce sont juste des cailloux, des pierres, des coquillages sortis de leur contexte. C’est du non-vivant, c’est lourd, c’est vide d’énergie.

Je ne suis plus là pour porter le sac des autres. Le contenu ne m’intéresse pas, la grandeur du sac ne m’impressionne pas. Je ne suis pas là pour parler du sac et de son poids. Ma démarche consiste à apprendre aux gens à contempler les choses dans l’instant, à en apprécier l’énergie, les saveurs.

Ouvrons la parenthèse. Cela me rappelle un couple sur un bateau mouche à Paris, il faisait beau et nous découvrions les bords de la Seine. Ils ont fait des centaines de selfie d’eux souriants devant les différents décors et monuments. Ils ont immortalisé pour la postérité des moments non-vécus, mais sur les photos, ils affichent le splendide sourire : (à vous de choisir la marque de votre dentifrice). De notre côté, mon épouse et moi, nous étions simplement assis sans rien dire en nous tenant la main. Nous n’avons pas de photos, de coquillages ou de grigris immortalisant ce grand moment de bonheur. Nous avons juste gardé le « bonheur » de l’instant. Fermons la parenthèse.

Les odeurs que j’utilise avec les gens ont cette qualité de s’adresser directement à notre mémoire et au vécu de l’instant mais pour cela, il faut avoir vécu l’instant. L’odeur n’a pas de poids, elle est légère, vivante et instantanée. Elle véhicule, à elle seule, l’ensemble de nos émotions. Elle est impalpable, elle ne prend pas de place.

L’odeur est un espace de découverte de soi, un moment privilégié qui permet de déposer son sac et de découvrir de nouveaux apprentissages, de nouveaux vécus.

La combinaison de l’odeur aimée avec l’état hypnotique est réellement une occasion de retrouver la légèreté de la vie.

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