Boudha fait mouche

Décidément, ce stage m’a apporté son lot d’expériences. Deux jours après ma plus belle séance, je suis là allongé par terre, sous le regard de Boudha. Je ne suis pas vraiment seul, des dizaines de mouche se promènent sur mon corps et plus particulièrement sur mon visage. Je les sens dans et autour mon nez, dans mes oreilles, sur le coin de mes lèvres. Il fait très chaud et elles sont très agressives. Mon binôme de l’après-midi est parti, je n’ai pas bien compris pourquoi et je suis là, sur le dos, les bras le long du corps. J’ai l’impression de me voir de l’extérieur, je flotte un peu au-dessus de mon corps qui est devenu une piste d’atterrissage pour mouches. Elles se concentrent particulièrement au coin de ma bouche où suinte un peu de salive. Il y en a aussi autour des yeux, elles semblent pomper ou plutôt sucer l’eau de mes larmes. Les plus hardies entrent et sortent de mon nez et de mes oreilles. Non, non, je ne suis pas mort, je ne fais pas une NDE. Je suis seulement en transe profonde et totalement incapable de remonter seul.  Mon binôme m’a approché une huile essentielle du crâne et j’ai sombré immédiatement dans un état hypnotique avec catalepsie complète du corps. Il y a beaucoup de monde autour de moi, mon binôme discute avec quelqu’un d’autre. Je peux entendre les discussions qui ont lieu dans n’importe quel endroit de la salle et voir les yeux fermés les visages des 40 personnes s’agitant autour de moi.

Il y en a un qui ne dit rien et qui se contente de me regarder très stoïque, c’est Boudha dans le coin. Il reste calme sans bouger comme moi. La seule différence entre nous, c’est les mouches. Je commence à trouver les allées et venues de mes compagnes difficilement supportable et pourtant, je suis incapable du moindre mouvement. Même cligner des yeux m’est impossible, mes lèvres sont serrées et ma respiration très légère. Je suis bien, j’aime cet état mais pas les mouches. Je décide alors d’imaginer qu’un voile de dentelle effleure mon visage et le va et vient de mes compagnes se transforme soudain en un léger souffle, une caresse. Boudha me sourit, il semble vouloir me dire que j’ai enfin compris.

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Enfin libéré de mes compagnes, mon esprit plus libre peut enfin s’adonner à son occupation favorite : le ‘RIEN’.

Je suis brutalement sorti du ‘RIEN’ par une voix connue qui se rapproche. C’est Marc, il cherche ma montre à gousset. Il reste 3 ou 4 personnes dans la salle, les autres sont partis en me laissant là croyant sans doute que je dormais. Il y a juste Marc qui s’est inquiété et qui cherche fébrilement dans mes poches ma montre. Il l’a trouve et il la place dans ma main et alors doucement, je remonte et je reviens. Mon premier regard se pose sur Boudha, je crois percevoir une sorte de sourire ironique. Marc m’aide en tremblant à me relever et nous quittons ensemble cet endroit. Le lendemain ce cette expérience, j’ai décidé d’arrêter le stage.

J’ai eu l’occasion d’expérimenter différents états de profondeur en Hypnose, chaque état a ses caractéristiques mais nous restons rarement dans le même état. Nous avons tendance à monter et descendre de façon plus ou moins rapide. Dans cet état hypnotique, on perçoit l’environnement de façon plus précise, même avec les yeux fermés. On est subtilement plus présent alors que le corps est au repos complet. C’est un lieu de ressourcement, de régénération, de résolution des problèmes. Le temps n’existe pas et l’esprit invente des solutions pour éliminer les contraintes extérieures (perception de la dentelle en lieu et place des mouches).

Pour moi, c’est fort différent du rêve où je ne maîtrise pas la suite de l’histoire, dans l’état décrit ci-dessus, il y a bien entendu l’imaginaire complet mais on décide où on va et l’univers est sans limite. C’est fabuleux.

J’ai pu identifier à ce jour 1 huile essentielle qui provoque chez moi ce basculement complet instantané. Le flacon était fermé et était présenté à 50 cm environ de l’arrière de mon crâne.

Il y a une autre huile qui elle me fait revenir de façon immédiate, toujours avec le flacon fermé. Ce n’est donc pas l’odeur qui provoque l’état mais, selon moi, le contenu informatif de l’huile.

Ma plus belle séance comme thérapeute

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Sur l’image ci-dessus, vous pouvez percevoir une table de massage dans le fonds à droite. Je ne suis pas prêt d’oublier cet endroit. Je participais à un stage, un de plus, qui n’avait rien à voir avec l’hypnose. Dès le premier jour, nous avons commencé par des exercices pratiques en binômes. La première personne avec qui je devais travailler était un monsieur d’environ 65 ans atteint de la maladie de Parkinson. Il avait voulu faire ce stage pour accompagner son épouse qui est thérapeute. A la moindre émotion, il se met à trembler de tout son corps et il a beaucoup de difficulté à exécuter la moindre tâche de la vie de tous les jours. Il a beaucoup de volonté et essaie au maximum de faire les choses seuls. Nous l’appellerons Marc pour la fluidité du récit.

Marc et moi, nous allons donc travailler ensemble. Pour la facilité, une table de massage est mise à sa disposition. Nous sommes un peu isolés dans un coin à proximité d’un feu à bois éteint. Pas loin, dans l’autre coin, Boudha nous regarde. Le but de cet exercice est de faire ressortir l’émotion de la colère chez l’autre en pressant un point sur le bas de la jambe. Pour réussir l’exercice, il faut faire mal à l’autre et l’obliger à crier, frapper et sortir la colère. Drôle d’idée !!!

L’effet de groupe et d’imitation jouant, tout le monde s’y met et bientôt la salle de travail devient une salle de torture où les gens crient, hurlent, frappent des poings et des pieds pendant que d’autres appuient avec délectation sur ces points de douleur.

La femme de Marc est allongée pas loin de nous et elle subit la pression sur les points de douleur. Elle est totalement déchaînée. Marc n’en croit ni ses yeux, ni ses oreilles, il n’avait jamais vu sa femme dans état pareil.

Mais voilà, on est là pour travailler et faire mal à l’autre et je propose donc à Marc de me torturer. Je m’allonge sur la table, je plie les genoux et Marc commence à chercher fébrilement le point qui me fera le plus souffrir. Il tremble d’émotions, sa femme crie continue à crier et à gesticuler à côté de lui. Marc, avec ses tremblements, a beaucoup de mal à appuyer sur le point et moi je ne sens rien. Plus il s’obstine, plus il tremble et moi je ne sens absolument rien. L’assistante passe à côté de nous et comprend le désarroi de Marc et elle se propose pour appuyer sur le point. Elle appuie de toute la force dont ses doigts sont capables. Et moi, en état second, je ne sens toujours rien, je suis coupé du bas de mon corps. L’assistante appelle alors le « Maître du stage » qui vient avec toute sa vigueur appuyer comme un malade sur le même point. Et moi, je ne suis plus là, je suis totalement déconnecté. Le « Maître de stage » dit après un certain temps : « ça ne sert à rien, il est déconnecté » en parlant de moi. Je suis très déçu, je n’ai rien senti, je n’ai pas pu exprimer ma colère et Marc a l’impression d’avoir raté l’exercice !

Avant l’exercice, j’avais prévenu Marc que si pour une raison ou l’autre je semblais avoir perdu connaissance, il suffisait de mettre ma montre à gousset (une autre histoire) dans une main et que je reviendrais calmement dans la réalité. Tel fut le cas et Marc, sans paniquer m’a mis la montre dans la main, ce qui m’a permis de revenir dans le monde des vivants « sado-maso ».

Pour éviter l’énorme bleu qui pointait le bout se son nez sur l’endroit où ils avaient appuyé comme des malades, j’ai appliqué directement de l’hélicryse, huile essentielle mieux connue sous le nom d’immortelle.

Eh bien voilà, c’est à mon tour de torturer Marc et de lui faire sortir sa colère. Sa femme est occupée à torturer sa binôme avec une certaine délectation, la vengeance je présume.

Marc s’est allongé tremblant de tout son corps sur la table, il a fléchi légèrement une jambe et il me dit être prêt. J’ai alors posé délicatement un doigt sur le point sensé lui faire mal et j’ai exercé une très légère pression en lui demandant de juste fermer les yeux et d’arrêter de vouloir contrôler ses tremblements. Ensuite, j’ai lâché sa jambe, et tout en continuant à lui parler lentement et en l’invitant à se laisser traverser par les tremblements comme s’il se laissait traverser par une peur, je me suis mis derrière lui et j’ai pris sa tête entre mes mains. Son corps n’était plus qu’un tremblement, sa tête valdinguait dans tous les sens. Je lui ai alors demandé de m’abandonner sa tête et de me la confier. J’ai ainsi pu placer mes doigts à la base de son occiput et commencer un travail très lent sur le mouvement ventriculaire. Au début rien et enfin après un long travail tout en douceur, accompagné par une voix tranquille et apaisante et des suggestions sur la rencontre avec son corps, j’ai obtenu comme un déclic, un bouton que l’on tourne sur « OFF ». Instantanément, tous les tremblements se sont arrêtés, la tête s’est complètement abandonnée dans mes mains et le corps s’est calmé. Le visage de Marc est détendu, sa respiration est calme et le temps est arrêté. La femme de Marc s’est tournée vers moi pour me dire qu’il y avait longtemps qu’elle n’avait pas vu son mari aussi calme et reposé, surtout allongé. Je l’ai invitée à venir prendre ma place et à le prendre dans ses bras. Je me suis retiré, les yeux très embués.

Séance d’ostéopathie crânienne, séance d’hypnose ? Peu importe le nom donné à la technique. Travailler avec l’autre, c’est un tout qui allie à la fois, la voix, le toucher et surtout l’intention vraie. L’hypnose intégrative ® que je pratique maintenant allie efficacement ces différentes techniques en faisant abstraction de tous préjugés thérapeutiques.